Nous remercions tout d’abord André Cariou, ancien directeur du musée des beaux-arts de Quimper et conservateur en chef, honoraire, du patrimoine qui a attiré notre attention sur un peintre qui a aimé notre joli bout de Normandie.
Il s’agit donc de Camille Dufour, né à Montmartre en 1841 et décédé à Paris en 1933. Excellent artiste, ses œuvres se situent dans la mouvance appelée “l’école de Barbizon”, du nom d’une localité de la forêt de Fontainebleau. Camille Dufour a beaucoup peint aux bords de Seine en Île-de-France, en Bretagne, en Avignon et en Normandie, notamment près de Pont-de-l’Arche. Il résida un temps durant à Rouen.
Plus précisément, André Cariou nous a appris que Camille Dufour peignit dans les années 1887-1888 aux Damps, à Pont-de-l'Arche et au Manoir-sur- Seine.
On connait, notamment grâce à Wikipédia, les références des œuvres suivantes :
- "Les Damps, embouchure de l'Eure", Salon, Paris, 1887, localisation de l'œuvre inconnue.
- "Pont-de-l'Arche", Salon, Paris, 1888 puis Rouen, exposition municipale des beaux-arts, 1888. L'œuvre, nous apprend la base POP du patrimoine, a été acquise par le musée des beaux-arts de Rouen mais elle n'est pas reproduite sur le site du musée. Elle est en dépôt au “service des eaux” depuis 1973.
- La Seine à Vétheuil / Le manoir, bords de la Seine (Salon de 1892), huile sur toile , 38 × 55 cm, Saint-Brieuc, Musée d'Art et d'Histoire.
Cette toile ci-dessus est belle, par ses douces couleurs d’un jour ensoleillé. Son traitement, avec des touches de peinture déjà impressionnistes, contraste avec son sujet classique : une fermière menant quelques vaches à l'abreuvoir naturel qu'est - ou était - la Seine.
Le thème est classique, mais pas nostalgique de la grande histoire. Le peintre n'a pas souhaité, ici, traiter de l'architecture ancienne. Il aurait facilement pu représenter le manoir des Hautes-Loges qui constitue le principal élément ancien du paysage et du patrimoine locaux :
https://pontdelarche.blogspot.com/2024/11/le-manoir-sur-seine-petit-survol.html
Il aurait aussi pu évoquer le clocher de l'église paroissiale Saint-Martin qui était près de l'eau de Seine et qui a été démolie par les bombardements de la Seconde guerre. Il lui a préféré les toitures des modestes demeures des rives de Seine ainsi que deux arbres élancés.
Plus généralement, et significativement, le peintre a choisi de ne pas représenter le pont ferroviaire du Manoir datant de 1843 (avec la livraison de la voie "Paris"-Rouen). Nous devrions ici voir ses piles maçonnées, créées en 1843, sur lesquelles partaient des voutes en fonte depuis 1854. Rien n’apparait ici. On ne valorise pas les progrès techniques contrairement à une autre vue non datée, du même peintre, et envoyée par André Cariou, itou. Sur cette autre vue (ci-dessous) apparaissent les piles du pont du Manoir, le pont et même la vapeur avec son train allant vers Rouen. Puisque c’est le pont avec les voutes en fonte qui apparait, cela permet de dater la toile d’avant 1893 où une structure en fer a remplacé les parties en fonte. Nous sommes peut-être en 1887 ou 1888, la période où Camille Dufour fut dans notre région.
Il en ressort que la volonté du peintre a été de camper, dans la première œuvre du Manoir que nous avons reproduite, une scène pittoresque, d'antan, avec quelques maisons traditionnelles et un décor naturel.
Cela semble répondre à l'appel des régions naturelles et rurales exercé sur les populations urbaines de Paris et autres grandes villes. On vient chercher la balade sur l'eau, la pêche, la rusticité, la promenade, des loisirs simples à quelques encablures d'une gare (ici celle de Pont-de-l'Arche-Alizay, à 4 km). Ce tableau a pu plaire à une clientèle aspirant à ces expériences que l'on vit soi-même et qui préfigurent les vacances telles que les Français ont pu les vivre de façon plus large à partir des années 1930.
André Cariou nous a aussi fait parvenir une reproduction d'une toile de Camille Dufour qui nous semble être une représentation du village de Poses, vu de la Seine. En effet, nous avons l'impression de voir une courbe allant vers la gauche, devant des coteaux peu prononcés rappelant les hauteurs de Pîtres et du Manoir. Si tel était le cas, se pose la question du barrage, édifié en 1885. A-t-il été éliminé par le peintre comme le pont du Manoir-sur-Seine l'a été dans l'autre toile ?



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