Les élections municipales et communautaires de Pont-de-l’Arche de mars 2020






L'ancienne salle du conseil municipal (cliché Armand Launay).


Commentaire après le premier et unique tour (publié le 27 mars 2020)

Un seul tour a suffit, le dimanche 15 mars, pour reconduire la la liste de Questions d’avenir, dirigée par le maire sortant Richard Jacquet, aux commandes la cité. La liste a été élue avec 52,9 % des suffrages exprimés. Ce sont 42 voix qui ont permis à Questions d’avenir de dépasser la majorité absolue (c’est-à-dire plus de 50 % des suffrages exprimés).

La deuxième liste est ‒ sans surprise ‒ celle de Démocratie archépontaine de Patrick Bellamy qui arrive cependant bien après celle du maire sortant avec 20,9 % des voix. Puis, la liste Pont-de-l’Arche ensemble d’Hervé Lour cumule 17,4 % des voix et, enfin, le Rassemblement national autour de William Bertrand obtient 8,7 % des suffrages exprimés.




Une analyse par bureau confirme que le bureau 1, celui du centre-ville, est le plus conservateur de la ville qui a donné à Hervé Lour son meilleur pourcentage. Mais nous sommes loin du temps où ce bureau plaçait en tête des candidats de droite. Il n’est plus spécialement ni bourgeois ni conservateur comme lorsque Pont-de-l’Arche était un centre bourg commerçant, avec son marché dominical et, qui plus est, siège d’un chef-lieu de canton. C’était encore le cas du temps de Roland Levillain (dans les années 1970).

Le RN local obtient un résultat relativement plus fort dans le bureau 2, celui du Pont-de-l’Arche du sud-Est (collège, rue Charles-Cacheleux...). Le bureau 3, traditionnellement plus à gauche, offre de meilleurs résultats aux listes plutôt de gauche. Quoi qu’il en soit, il n’y a que 10 % de différence entre le résultat de droite du bureau 1 et du bureau 3, ce qui signifie que le choix des citoyens, lors du scrutin municipal, est avant tout fondé sur les forces citoyennes en présence et non sur une orientation idéologique forte, l’ensemble des listes se revendiquant de valeurs républicaines. Le RN traduit cependant un désaveu quant aux listes et partis traditionnels et un manque de confiance dans les candidats dits de l'"establishment", c'est-à-dire issus d'élites, de groupes établis qui se maintiendraient au pouvoir et confisqueraient le pouvoir démocratique.


Des pourcentages qui masquent une abstention record

Les pourcentages ne sont que des proportions. Ils masquent une abstention forte. Si elle était prévisible, l’abstention a cependant atteint un niveau record dans l’histoire de la commune. En effet, sur 3 024 inscrits sur les listes électorales, 1 529 personnes (50,56 %) ne se sont pas déplacées en 2020. Cela fait donc 550 voix de moins qu’en 2014, le nombre d’inscrits ayant ‒ il est vrai ‒ baissé de 46. Ce sont donc près de 500 électeurs qui ont manqué, soit un électeur sur six.

Les résultats n’engagent donc que 49,44 % des inscrits, ce qui s’explique notamment par la panique et l’appel gouvernemental au confinement afin de limiter la propagation du coronavirus, pandémie venue de Chine. L’abstention est cependant moins forte à Pont-de-l’Arche qu'au niveau national (55,25 %). Cette abstention exprime-t-elle un désaveu local pour l’offre de service politique proposée par les candidats ? C’est possible étant donné le travail des élus “lanceurs d’alertes” depuis 2018 qui s’est soldé par l’éviction de leur propre fer de lance, Angélique Chassy. Nombre d’électeurs auront retenu du travail de Démocratie archépontaine l’idée que Questions d’avenir n’est pas si efficace et honnête qu’elle l’annonce mais que Démocratie archépontaine n’a pas été en mesure d’être plus ouverte et prompte au dialogue que le maire en place.

Quant aux votes blancs et nuls, la loi les exclut des suffrages exprimés. Les bulletins blancs et nuls étaient 108 en 2014 et 47 en 2020. À croire que la peur du virus a dissuadé des électeurs de se déplacer pour glisser un bulletin non comptabilisé parmi les exprimés.


Au-delà des pourcentages : qui a gagné de l’audience ?

Quant aux suffrages exprimés, ils étaient 1 998 en 2014 (soit 65 % des inscrits) et 1 448 en 2020 (soit 47,9 %). Il y a donc une baisse de 27,5 % entre ces deux élections. Une liste a-t-elle été plus touchée ?

Oui, il s’agit de cette d’Hervé Lour qui est passé de 561 voix (28,1 %) en 2014 à 252 suffrages en 2020 (17,4 %) soit une baisse de 55,1 %.

Celle de Richard Jacquet est passée de 1 437 électeurs en 2014 (71,9 %) à 766 en 2020 (52,9 %) soit une perte de 46,7 %.

Ces deux listes ont perdu la moitié , ou presque, de leur électorat, donc de leur représentativité et, quelque part, de leur légitimité.



Quant à la répartition des voix en 2020, on mesure aisément que ces pourcentages sont presque remplacés par ceux des deux nouvelles listes : les 19 % de perte du maire sortant se retrouvent dans les 20,9 % de Démocratie archépontaine. La perte de 10,7 % d’Hervé Lour semble s’expliquer par le résultat du RN et ses 8,8 %. Ce serait caricatural de penser qu’il y a eu un parfait report de voix de chacune de ces listes vers les nouvelles équipes, mais une logique existe puisque le RN incarne une droite contestataire et populaire, ce qui est le profil d’Hervé Lour, et Démocratie archépontaine est un peu plus marquée à gauche que Questions d’avenir. C’est ce dont témoignent les déclarations des listes faites en préfecture où Questions d’avenir n’apparait désormais qu’en tant que “divers” et non plus “divers gauche”, voire “socialiste”. Cela traduit le rapprochement de Richard Jacquet et ses proches avec La République en marche. La déclaration en préfecture classe, cependant, Démocratie archépontaine comme “divers gauche”, bien que certains de ses membres n’aient rien à voir avec les tendances de gauche et bien que l’on ne sache pas pour quelles étiquettes les membres de Démocratie archépontaine eussent appelé leurs coéquipiers grands électeurs (maire et adjoints) à voter aux sénatoriales.



La répartition des sièges

Les calculs offrent la moitié des sièges à la liste majoritaire soit 14 élus pour Questions d’avenir. Les sièges restant, 13 donc, sont répartis proportionnellement entre les quatre listes. Ainsi Questions d’avenir glane 6 sièges en sus, Démocratie archépontaine 3 sièges, 2 sièges pour Pont-de-l’Arche ensemble et, enfin, 1 siège pour le Rassemblement national.

Questions d’avenir a, conformément à la finalité de la loi, une large majorité de 21 sièges sur 27, soit plus des ¾ des conseillers. Elle perd cependant 3 sièges par rapport à la précédente mandature.



Quelle conduite à prévoir au Conseil municipal ?

Une opposition de trois élus de Démocratie archépontaine, soutenus par une dynamique associative, doit traverser une longue nouvelle période de vaches maigres et exploiter d’éventuelles erreurs du maire et son équipe. Ils devront battre le pavé et faire le tour des boites aux lettres pour espérer maintenir et grossir une dynamique critique et citoyenne face au maire et son équipe. C’est ce qui explique sûrement le renoncement de 7 colistiers (!), annoncé dans La Dépêche de Louviers le 26 mars, qui ont démissionné à la simple annonce de devoir siéger au conseil municipal.

Ce constat est pire encore du côté de Pont-de-l’Arche ensemble qui, hormis Hervé Lour, n’a pas réussi durant le précédent mandat à trouver des personnes suffisamment motivées et pertinentes pour tenir longtemps leur rôle d’élu d’opposition au Conseil municipal. Cela s’est traduit par un certain rapprochement d’Hervé Lour avec l’équipe majoritaire de Questions d’avenir... tant il est difficile de s’opposer intellectuellement et émotionnellement seul face aux idées d’un groupe majoritaire, qu’on ait tort ou raison.

La nouveauté est l’entrée officielle du RN au conseil municipal. Officielle car durant la précédente mandature avait siégé un temps Doris Perreaux, élue de Pont-de-l’Arche ensemble, et qui était adhérente à titre personnel au RN. Le RN aura donc une voix locale si elle est utilisée. Mais il sera difficile de faire passer un programme national pour une participation pertinente aux questions communales. L’élu RN devra surtout démontrer qu’il est une force de proposition communale pour être crédible à la table des débats. 

Les élus d’opposition auront la difficulté de se trouver face à un maire expérimenté, qui a construit tout un organigramme autour de lui et rodé sa manière de travailler. Il a conservé un tremplin municipal pour réussir, peut-être, aux élections départementales, régionales voire législatives. Ce sont des horizons qu’il vise depuis près de 20 ans.

Richard Jacquet rejoint quoi qu’il en soit Roland Levillain au rang de maire réélus deux fois et réalisant trois mandats. 





Affichage suivant les élections de mars 2014 (cliché Armand Launay).



Les listes en lice...


Démocratie archépontaine…

Cette liste est née de ces deux oppositions décrites ci-dessus : celle des six élus Lanceurs d’alertes à partir de 2018 et celle d’une partie de la population qui ne se retrouve pas ‒ ou plus ‒ dans l’action du maire sortant Richard Jacquet.

Cette liste est née d’une dynamique associative, avec une consultation citoyenne large réalisée en 2019 et ayant obtenu la réponse de 300 Archépontains. Elle représente plutôt un gage de renouvellement du personnel politique et de ses relations, ses accointances. Cependant elle comporte en elle une partie de l’équipe municipale élue entre 2001 et 2008 autour de Patrick Bellamy, qui fut adjoint au maire Dominique Jachimiak. Renouveau, expérience et/ou ancien temps.

Cette liste se revendique du bon sens, notamment en limitant les dépenses de la commune, principalement le couteux ‒ et peut-être illusoire ‒ projet de centre culturel prévu sur la place Aristide-Briand. Elle se revendique aussi de la transparence en matière de décision et de finances.

Mais cette liste s’est sabordée en janvier 2020. Quelques membres du bureau de Démocratie archépontaine ont reproché à leur tête de liste Angélique Chassy, première adjointe aux finances jusqu’en 2018, d’être à la fois non-malléable mais aussi fragile. À 8 semaines du premier scrutin, ce choix peut laisser perplexe : si la tête de liste ne satisfaisait pas tous les membres du bureau, pourquoi ne pas l’avoir écartée et, surtout, rétrogradée dans la liste auparavant et ce avec concertation ? Si elle était fragile, pourquoi était-elle le fer de lance de cette association ? Si elle n’était pas malléable, pourquoi s’était-elle entourée de personnes issus d’horizons divers : actuels élus, citoyens désireux de se présenter pour la première fois, anciens élus d’avant 2008 ? Deux chefs d’accusation antinomiques qui ‒ qu’on nous pardonne cette analogie ‒ comme pour Socrate, accusé d’être athée et de créer de nouveau dieux, semblent être des prétextes plus que des raisons. L’exclusion d’Angélique Chassy n’a, à ce propos, fait l’objet d’aucun vote, d’aucun débat argumentatif au sein de l’association Démocratie archépontaine et de ses colistiers. Il semble que des ambitions individuelles se soient déclarées ‒ certes tardivement ‒ bien qu’Angélique Chassy ait diplomatiquement annoncé à la population qu’elle se retirait pour une raison professionnelle. Des membres de cette association ont aussi perdu confiance envers Angélique Chassy qui aurait menacé, en décembre, de se démettre de la tête de la liste. Le manque de confiance réciproque s'est donc installé entre les colistiers. Démocratie archépontaine a d’ores-et-déjà montré une limite entre ses prétentions démocratiques et sa capacité d’écoute et de décider selon des critères de raison et non de rapports arbitraires et individualistes. Cela rappelle un étrange procédé qui eut lieu aux élections de 2001 où, entre les deux tours, la tête de liste Claude Blot fut remplacée par Dominique Jachimiak, mieux placé dans les résultats alors par tête et non par liste, et ce malgré l'avis du premier intéressé et malgré la surprise de l'électorat.

Quid de ce sabordage donc ? Les membres du bureau de Démocratie archépontaine se surestiment-ils quand ils croient pouvoir être élus sans Angélique Chassy qui a regroupé autour d’elle de nombreux membres de Démocratie archépontaine et des sympathisants appréciant à la fois son investissement depuis 2008 et son relationnel sincère et dynamique ? Angélique Chassy est une figure qui incarnait une opposition au maire par son expérience et son absence de calcul partisan. Depuis lors, le débat public semble être de nouveau issu des initiatives du maire sortant, bien relayé par La Dépêche de Louviers.

Si elle possède une vitalité citoyenne, Démocratie archépontaine ne se distingue pas, en apparence et sur les documents à l’attention du public, par une philosophie politique différente de celle de Questions d’avenir. Elle risque d’en payer les frais d’autant plus que de nombreux habitants préfèrent la certitude d’avoir un maire connaisseur, même s’il a failli sur des points cruciaux et qu’il s’est institutionnalisé, que des moins-connus, voire méconnus, qui tiennent un discours proche du maire, mais avec des promesses de meilleure moralité et de sobriété budgétaire.



Ajout du 12 mars 2020 :


Liste des candidats de Démocratie archépontaine :

Patrick Bellamy, Myriam Rasse, Laurent Montlaurd, Marion Steer, Christophe Otero, Anita Hervieux, Guy Cottrez, Mélanie Hamon, Sébastien Da Costa, Sandrine Dolla, Olivier Molho, Karine Demarest, François Hagen, Charlotte Ricouard, Michel Lacombe, Sandrine Vandensteen, Éric Barillé, Sophie Rabl, Stéphane Bréham, Géraldine Sublet, Fabrice Fuzeau, Marlène Schneider, Romain Boitelle, Estelle Duriez, Geoffroy Bosquillon de Jenlis, Nicole Cliville, Gérard Demarest.



Liste des candidats de Pont-de-l’Arche ensemble :

Sébastien Berrenger, François Biquillon, Rodolphe Cariou, Mélanie Carré, Midried Charpentier, Marie-José Gonord, Hervé Dehame, Marc-Antoine Deloire, Sigrid Demon, Angélique Duhamel, Véronique Fort, Béatrice Galliot, Roland Garreau, Adrien Henry, Chantal Infray, René Infray, Jérémy Jacob, Déborah Lair, Marc Lévy, François Loison, Valérie Louchel, Hervé Lour, Maria Mendes de Brito, Reynald Mentré, Julie Morisse, Françoise Picard, Jean-François Roussel.

Liste des candidats du Rassemblement national :

William Bertrand, Sylviane Defresne, Sylvain Forfait, Claudine Lefevre, Patrick Leroy, Jeanne Leroy, Yannick Leroy, Mylène Lémery, Philippe Devillers, Laëtitia Flambard, Pascal Renard, Muriel Brunet, Jérôme Libercé, Danièle Launay, Sylvain Flambart, Katia Boucher, Pierre Calle, Evelyne Damesne, Jacky Desmonts, Reine Guérin, Jean-Pierre Lendormy, Jocelyne Deshais, Pierre Dffacis, Hélène Girard, Louis Boulnois, Adrienne Lesueur, Patrice Jacquot.



Liste des candidats de Questions d’avenir :

Mourad Afif-Hassani, Danielle Bertre, Karine Botté, Daniel Breiner, Arnaud Damien, Maryvonne Davot, Anne-sophie de Besses, Nadine Deschamps, Manuella Ferreira, Pascal Ferreira, Ludovic Guiot, Carole Hervagault, Monique Infray, Richard Jacquet, Marie-Claude Lauret, Anthony Le Pennec, Corentin Lecomte, Hélène Lepresle, Majo Maire, Pascal Marie, Philippe Mauger, Albert Naniyoula, Aurélie Philippe, Mikaël Polard, Jessica Pousset, Léon Taisne, Cédric Viguerard.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

https://pontdelarche.blogspot.com/

Bando 13x9 (1)


Commentaires